L'éviction de Charlotte Dipanda de la cérémonie des Canal 2'Or, samedi 31 octobre au Palais des congrès de Yaoundé, suscite une vive polémique. Selon plusieurs observateurs, ce renvoi brutal serait directement lié aux récentes prises de position de la diva de la musique camerounaise en faveur d'une alternance politique au sommet de l'État.
Charlotte Dipanda a été éconduite de la prestigieuse cérémonie des Canal 2'Or au Palais des congrès de Yaoundé samedi 31 octobre 2026. Selon des sources concordantes, sa mésaventure serait liée à ses prises de position en faveur du renouvellement de la classe dirigeante au Cameroun. Komiaza a pu repérer un extrait de vidéo qu’il s’est fait le devoir de retranscrire pour ses lecteurs.
Au-delà de ce qui se raconte sur l’incident de samedi soir, quelqu’un a-t-il voulu humilier la diva de la chanson camerounaise ? Quoi qu’il en soit, l’artiste, guest star de la soirée, a été contrainte de quitter les lieux de manière abrupte. Cet événement suscite de nombreuses interrogations sur la tolérance face aux opinions divergentes.
« J’ai vraiment eu la chance, en tant que Camerounaise, d’aller dans plusieurs régions du Cameroun. Et c’est un atout, parce que les Camerounais, à l’intérieur du pays, ne voyagent pas beaucoup. Chacun reste dans sa région, dans sa ville, où souvent on naît, grandit, et puis les autres, on les voit toujours comme si c’étaient des étrangers. D’où l’appellation « Afrique en miniature ». C’est vraiment un pays qui, du nord au sud, est complètement différent. Mes gens ont des postures différentes, des cultures différentes. On a d’ailleurs plus de 200 langues au Cameroun, d’où la difficulté même pour un chef d’État de diriger tous ces Camerounais de tous bords, différents. Mais j’avoue que moi, par exemple, je n’ai connu que le président actuel. Qu’est-ce que ça ferait du bien d’avoir une autre proposition, de se dire que c’est une époque qui est inéluctablement révolue aujourd’hui et qu’on a besoin de voir ce que ce pays peut apporter à cette jeunesse-là qui est différente. Parce que c’est une jeunesse qui est aussi ouverte à l’extérieur, qui voit ce qui se passe ailleurs et qui a le devoir… en tout cas qui l’espère aussi pour son pays.
Moi, je pense qu’il est temps qu’on nous propose autre chose. Il est temps que le Cameroun se développe. Parce que tant qu’il n’y a pas d’alternance, il n’y a pas véritablement de développement possible. Je pense que l’État actuel est arrivé au bout de ce qu’il pouvait proposer au Cameroun et que, humblement, il gagnerait à céder la place à une nouvelle gouvernance, sans rancune. »
Bien que les organisateurs de l'événement n'aient pas communiqué officiellement sur cet incident, plusieurs observateurs lient cette éviction aux positions politiques exprimées par l'artiste. Pourtant, les déclarations de Charlotte Dipanda sur la gouvernance et l'alternance politique s'inscrivent dans un débat public largement partagé et régulièrement abordé sur les plateaux des médias privés nationaux. L'expression de ce point de vue, qui relève du débat d'idées, ne saurait être assimilée à une démarche subversive.
Qui est Charlotte Dipanda ?
Née en 1985 à Yaoundé, Charlotte Dipanda est l'une des figures majeures de la musique contemporaine camerounaise et africaine. Révélée au début des années 2000 grâce à ses collaborations avec le guitariste Jeannot Hens et le musicien congolais Lokua Kanza, elle s'est rapidement imposée par son style acoustique mêlant le makossa, le bikutsi et l'afro-pop.
Auteure-compositrice-interprète, elle chante principalement en douala, en bakoko et en français. Sa discographie comprend plusieurs albums à succès international, notamment Mispa (2008), Dube L'am (2011), Massa (2015) et Un jour dans ma vie (2018). Distinguée à de multiples reprises sur le continent, elle a également officié comme coach dans l'émission panafricaine The Voice Afrique Francophone, consolidant son statut d'icône culturelle et de voix influente auprès de la jeunesse.
Par Augustin Roger Momokana








