Face à la presse réunie le 29 septembre 2026 pour le lancement de la nouvelle formule des REDEO, Dr Jules Hilaire Focka Focka le Président du Conseil Régional de l’Ouest a provoqué un séisme politique. En opposant publiquement les grands groupes médiatiques nationaux et internationaux aux reporters locaux, l'élu a déclenché une vive polémique. Derrière une diatribe musclée contre le « chantage » et le monnayage de l’information, les journalistes régionaux y voient une marque de mépris et une tentative d'offrir le "business" de la communication aux seuls mastodontes du secteur.
Une nouvelle formule pour un impact réel et inclusif
L'ouverture des travaux du forum a d'emblée été placée sous le signe du pragmatisme. Soucieux de rompre avec les habitudes passées, le Président du Conseil Régional de l'Ouest a fermement exprimé sa volonté de réformer l'événement :
« Nous avons tendu la main à certains spécialistes de ce genre d’événement pour nous accompagner, trouver des formules et des astuces pour que cela accroche désormais. Il ne fallait pas que l'on vienne, qu'on s’asseye, qu'on voie ce qu’il y a à faire, qu'on danse, qu'on boive et qu'on se sépare. »
Pour l'exécutif régional, l'enjeu des REDEO dépasse désormais le simple cadre festif pour s'ancrer dans le bilan social et économique. L'ambition est d'impacter durablement le quotidien des populations à travers des leviers concrets : des bourses d'études pour la jeunesse et la création d'emplois directs. C'est à cette seule condition, selon l'élu, que l'initiative pourra s'inscrire dans la pérennité et s'imposer, à court terme, comme le rendez-vous le plus prisé de l'ensemble du territoire national.
Le dynamisme de l'Ouest face aux clivages politiques
Abordant la question de l'identité et du développement de la région, l'orateur a tenu à envoyer un message de fermeté et de fierté face aux discours d'exclusion qui ciblent parfois les communautés de l'Ouest :
« Filles et fils de cette région, je pense que notre dynamisme ne fait plus l’objet d’un doute. Il faut qu’on parle de l’Ouest. Il faut que ceux qui ont encore une petite mémoire pour dire que “ces gens-là doivent rentrer chez eux” oublient très rapidement ces termes. Nous leur prouvons que notre “chez nous” n’est pas une poubelle et qu'il mérite d’être respecté. »
Qualifiant ces attaques de manœuvres orchestrées par de « petits politiciens à court d’arguments », le Président a exhorté les forces vives à ne pas céder à la provocation verbale. Pour lui, la meilleure des réponses reste l'action sur le terrain : prouver la capacité de l’Ouest à s’auto-développer grâce au dynamisme de ses fils et faire de ce forum la plateforme stratégique qui guidera désormais toutes les politiques du Conseil Régional.
L'événement se veut d'ailleurs inclusif, s'adressant non seulement aux autochtones, mais également à tous ceux qui résident dans la région, croient en son potentiel et choisissent de l'accompagner au quotidien.
L'union sacrée des partenaires officiels et des autorités
Cette dynamique de développement s'appuie sur un réseau solide de partenaires économiques et d'institutions publiques que l'élu a longuement salués :
- Les géants économiques : Le Groupe Kadji, salué pour son engagement massif (« la fois dernière, ils étaient venus à petits pas, mais cette fois-ci, c’est le corps tout entier »), Afriland First Bank, désormais pleinement engagée, ainsi que la CCA.
- Le pilier institutionnel : Le FEICOM, qualifié de « partenaire de tous les temps des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) » et désigné comme la seule structure qui soutient historiquement et sans faille les projets régionaux.
- Le soutien de l'État : Un hommage appuyé a été rendu au Gouverneur de la région pour sa diligence administrative — un accord de sécurisation obtenu en moins de dix minutes — et pour l'efficacité de ses services qui garantissent systématiquement le déroulement des événements sans le moindre incident majeur.
- L'expertise scientifique : L’Université de Dschang, chargée de la commission scientifique, a également été félicitée pour son abnégation et sa collaboration étroite avec le Conseil Régional.
- La direction opérationnelle : Des remerciements ont été adressés au commissaire à l’organisation, Monsieur Fosso Jean Paul, qui pilote le projet entre le Cameroun et les États-Unis.
Jetant un regard complice vers le doyen de la presse Jean Vincent Tchienehom, présent à ses côtés, le Président s'est réjoui de cette synergie intergénérationnelle pour transformer l'Ouest. Il a toutefois prévenu les partenaires désireux de rester dans l'ombre qu'ils seraient mis en lumière : « On ne se cache pas quand on veut faire du bien. Le moment venu, je vais cracher le morceau pour que les populations sachent qui veut vraiment que l'Ouest change. »
Le point de rupture : L'adresse à la presse régionale
C'est après avoir ostensiblement salué la présence en force des grands médias partenaires — Équinoxe TV, Vox Africa et le géant du digital AFO Media — que le ton de l'élu s'est durci. En mettant en avant ces mastodontes de l'information, le Président a envoyé un signal clair à la presse locale et régionale : l'exécutif compte sur les puissants et n'a que faire des exigences des reporters de proximité, invités à s'aligner ou à se taire.
« Quant aux journalistes ici présents, nous comptons également sur vous. Nous comptons énormément sur vous pour relayer fidèlement ce qui aura été dit ici. Et je souhaite que ce ne soit pas comme un business pour vous. Si cette région se développe, vous-mêmes vous serez à l’aise.
Pour ceux qui disent que pour produire un article, il faut qu’on donne de l’argent, je pense que beaucoup d’entre vous me connaissez. Certains ont dit que j’étais extrêmement dur. C’est vrai ce que vous dites. On dit que celui-là n’aime pas trop la presse. Parce que je dis très souvent que l’argent, ça se mérite, ça se gagne, ça ne se partage pas.
On ne peut pas initier une affaire comme celle-ci, qui va améliorer notre cadre de vie et dont chacun va profiter, pour que quelqu’un vienne me dire : “Pour que ça paraisse dans mon journal, il faut qu’on me donne de l’argent”.
Le peu qu’il y aura, nous devrons vous le donner, parce qu’on sait que c’est votre job. Vous utilisez certainement des outils pour rédiger... on pourra le faire. Mais que ce ne soit pas du chantage. C’est ce que je déteste le plus. Je déteste le plus le chantage. Certains ont l’habitude de sortir d'ici et d'écrire des articles très durs à notre endroit quand ils ne sont pas satisfaits. Mais sachez que là où nous sommes, après tant d’années à des postes de responsabilité, ce ne sont pas ces mots durs qui nous gênent.
Le traitement que nous recevons ? Nous, on fait notre travail en âme et conscience. Si quelqu’un va raconter que j’ai la tête déformée alors que ma tête n’est pas déformée, je m’en fous. Voilà ! Je ne vais pas garder la parole très longtemps. »
Analyse : Une stratégie de division aux lourdes conséquences
L'analyse approfondie de cette sortie révèle une manœuvre politique à double tranchant. En écartant explicitement Équinoxe, Vox Africa et AFO Media des critiques sur le monnayage, le Président du Conseil Régional introduit une fracture nette au sein de la corporation.
Pour la presse de proximité, le message est perçu comme un affront direct. En clamant haut et fort que l'événement se fera avec ou sans elle grâce à la couverture des "grands médias", l'autorité régionale exprime une forme de désintérêt pour les relais locaux. Cependant, ce positionnement a immédiatement provoqué l'effet inverse sur le terrain. Les journalistes de la région y voient une profonde contradiction : alors même qu'il fustige la presse au nom d'une prétendue éthique budgétaire, l'élu est soupçonné d'institutionnaliser un traitement de faveur et d'offrir le "business" de la communication à ces grands groupes extérieurs, privant les médias locaux des retombées économiques de l'événement.
Cette stratégie de communication par le conflit isole l'exécutif. Si s'appuyer sur des médias d'envergure nationale offre une visibilité de masse aux REDEO, couper les ponts avec la presse de proximité s'avère risqué. Ce sont ces journalistes locaux qui documentent, au quotidien, la réalité de la gouvernance régionale. En choisissant le bras de fer et en affichant un souverain mépris (« je m'en fous »), l'autorité s'expose à une rupture durable avec les seuls acteurs capables de faire vivre son bilan auprès des populations à la base.
Par Augustin Roger Momokana







