Journée de l'environnement 2026 à Dschang : entre reboisement et spoliation de la réserve forestière

Journée de l'environnement 2026 à Dschang : entre reboisement et spoliation de la réserve forestière

Alors que la ville de Dschang subit une hausse alarmante de ses températures et des dérèglements climatiques inédits, l’opération de reboisement « Un citoyen, un arbre » lancée ce 5 juin par le maire par intérim, le Pr Temgoua Emile, sonne la révolte. Mais derrière le symbole fort de cette mobilisation citoyenne se cache un scandale écologique majeur : le remblai des lacs piscicoles (quartier Vallée) et la spoliation de la réserve forestière du Signal au profit des appétits immobiliers des personnalités. Enquête sur une cité prise entre urgence environnementale et appétits immobiliers.

La situation thermique de la ville de Dschang aurait pu être évitée si son patrimoine écologique n’avait pas été sacrifié. Ce poumon vert subit la spoliation agressive des autorités en charge de la gestion du foncier de l’État. Bien que la montagne du Signal bénéficie d'un statut théorique de réserve forestière, cela n'a pas empêché ces instances d'attribuer des parcelles à des particuliers pour y bâtir un quartier huppé. Parallèlement à ce grignotage foncier, le lit du lac municipal s’est considérablement rétréci à cause d'une mauvaise gestion des ordures ménagères en amont, tandis que des vents violents et des orages traversent de plus en plus fréquemment la cité.

Face à cette urgence environnementale, une vaste opération de reboisement a été lancée à travers les artères et les sites névralgiques de Dschang. Cette initiative du maire par intérim a mobilisé les services techniques municipaux, fortement appuyés par les organisations de la société civile membres du FORAM (Forum des Associations de la Menoua), permettant ainsi de planter des centaines d’arbres.

Des sites stratégiques pour reverdir la ville

Le déploiement s'est concentré sur des axes majeurs de la commune :

- L'axe Place de l’Indépendance – Carrefour IRAD (ou Centre Climatique) ;

- Le secteur situé devant la Compagnie de gendarmerie ;

- L'espace derrière la tribune de la place des fêtes ;

- La façade arrière de la permanence du parti RDPC ;

- Le parvis de la délégation départementale du Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales ;

- L’esplanade en face du stade municipal de Handball.

Ces jeunes arbres, à la fois ombrageux, fruitiers et ornementaux, s'inscrivent dans le cadre de l’opération « Un citoyen, un arbre ». Cette campagne vise non seulement à répondre aux défis climatiques locaux, mais aussi à embellir durablement la ville. Elle résonne parfaitement avec le thème de la Journée mondiale de l'environnement 2026 retenu par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) : « Maintenant pour le climat », qui met l'accent sur l'urgence d'agir pour protéger notre planète, notre santé et notre avenir.

Le défi de la survie des plants : l'engagement citoyen

Une fois la mise en terre terminée, le plus grand défi reste la surveillance et le maintien en vie des jeunes pousses. Par le passé, des initiatives similaires ont été menées à plusieurs reprises, mais les arbres, abandonnés à leur triste sort, ont fini par périr à cause des incivilités ou de la rigueur du climat.

Pour rompre avec ces échecs, l'accent est mis cette année sur la responsabilité citoyenne. Les tenancières des kiosques situés en face du service des impôts ont d'ailleurs démontré un engagement exemplaire : chacune d’elles a momentanément quitté son activité pour planter un arbre sur lequel elle s’est engagée à veiller personnellement.

Bien que ces plantations du 5 juin ne soient qu'un complément pour restaurer le couvert végétal et le poumon vert de Dschang, l’exécutif municipal ambitionne d'intensifier cette dynamique. C'est pourquoi chaque participant à cette journée est reparti avec un plant à installer dans son quartier ou à domicile, devenant ainsi le gardien direct de son évolution.

Le regard de Komiaza : Un double discours insoutenable

Planter des arbres d'un côté tout en signant des titres fonciers dévastateurs de l'autre est un non-sens écologique que la population de Dschang ne peut plus ignorer. Si l'engagement citoyen face au changement climatique est une lueur d'espoir, il ne doit pas servir de paravent aux dérives prédatrices de certains hauts commis de l'État. Protéger l'environnement à Dschang exige désormais une double vigilance : veiller sur la croissance des jeunes plants, mais aussi surveiller de très près les manœuvres administratives qui menacent les derniers sanctuaires écologiques de la Menoua. Le climat de demain dépend de cette intransigeance collective.

Par Augustin Roger Momokana